Le poste de travail GNU/Linux est mort, vive l’OpenWeb (sous MacOSX ?)

L’avenir des distributions GNU/Linux est désormais scellé dans le domaine du poste de travail où seul MacOSX parvient à grignoter des parts de marché sur le monopole de Microsoft. C’est la conviction qui émerge dans  certains discours. Les tenants de cette position ont donc acté de façon plus ou moins avouée l’abandon du logiciel libre sur les postes de travail au profit de la défense de l’openweb. Un concept qui demande encore a être défini.

GNU/Linux et les postes de travail

Si dans le domaine du système d’exploitation, le succès de GNU/Linux sur les serveurs est évident, il n’en est pas de même sur le poste de travail des utilisateurs. Concernant ce dernier, je fais référence aux ordinateurs dit “fixes”, ainsi qu’aux ordinateurs portables traditionnels dont la taille des écrans est supérieure à 10 pouces.

L’arrivée des smartphones et des tablettes a apporté aux utilisateurs une autre façon de consommer leur informatique. Une informatique plus connectée grâce à l’usage des réseaux sans fil et de la fameuse 3G qui apporte (dans les villes) des débits dignes d’une liaison ADSL classique. Ces nouveaux terminaux mettent à mal le marché des ordinateurs “traditionnels” qui ne cesse de régresser. Tant et si bien que l’on prédit la fin de l’ordinateur individuel pour demain.

Sur le marché de l’ordinateur individuel, GNU/Linux n’a jamais percé. Il plafonne à un ou deux pourcents selon les statistiques. Quant aux autres types de terminaux, GNU/Linux est à ce jour quasi-absent. Android semble être le seul en mesure de contrer la vague Apple, mais ce dernier n’utilise que le noyau Linux. Aucune distribution GNU/Linux n’a pu s’imposer sur ce marché de masse qui, toujours d’après nos oracles, va tuer l’ordinateur traditionnel.

Le raccourci est alors vite fait. Si les distributions GNU/Linux ont raté la vague des ordinateurs de demain, c’est qu’elles sont condamnées à disparaître. Une thèse que soutient ouvertement le trublion notoire, Miguel de Icaza.

Les raisons de l’échec

poste de travail OpenWeb GNU/Linux Sur son blog, Miguel de Icaza revient sur son entretien donné au journaliste Klint Finley qui avait alors rédigé un article intitulé “Comment Apple a tué le poste de travail Linux et pourquoi cela n’a pas d’importance” : un titre provocateur à souhait. Examinons de plus près les raisons données par Miguel pour expliquer l’échec de GNU/Linux.

Ce dernier reproche à la communauté du logiciel libre, et je suppose qu’il s’inclut dedans, de ne pas avoir su ni voulu travailler de concert, d’avoir toujours fait passer “la beauté du code” devant l’intérêt de l’utilisateur. Résultat : les distributions GNU/Linux sont quasiment incompatibles entre elles pour qui ne veut pas passer des heures à gérer des problèmes de versions de bibliothèque. Il cite comme contre-exemple, la capacité de Windows 8 ou encore MacOSX a exécuter des programmes compilés, il y a plus de 10 ans.

On lui opposera, que dans le monde du logiciel propriétaire, le fait de pouvoir utiliser un logiciel payant malgré les évolutions du système d’exploitation est un point important. On sait que les utilisateurs sont capables de refuser d’adopter une nouvelle version du système d’exploitation de Microsoft s’ils rencontrent des problèmes de compatibilités. Dans le monde du logiciel libre, cette contrainte est moins vraie, car il est inutile de payer pour obtenir une version plus récente d’un logiciel.

Miguel pointe aussi du doigt cette faible compatibilité ascendante qui oblige à mettre à jour constamment un programme pour lui permettre de fonctionner avec les nouvelles versions des environnements de bureau. Un travail qu’il faut aussi faire pour chaque distribution GNU/Linux où il faut fournir des programmes exécutables compatibles avec des versions de librairies souvent différentes. Un travail qui aurait fait fuir depuis des années de nombreux développeurs et éditeurs de logiciels.

Pour résumer : des changements trop rapides “cassant” les logiciels, qu’ils soient libres ou propriétaires, et l’incompatibilité entre les distributions GNU/Linux.

Si je suis assez en phase avec Miguel concernant le constat, ma vision, moins technique des choses m’amènerait plutôt à donner comme raison de cet échec l’absence d’une gouvernance au niveau mondial. Le logiciel libre plutôt que de miser sur l’union préfère toujours agir de façon éparpillée, arguant sans cesse que ce foisonnement sera le berceau de l’innovation de demain qui emportera tout sur son passage.

Si la diversité est nécessaire pour expérimenter, tester de nouvelles combinaisons, il est indispensable à un moment d’en faire la synthèse et donc de se coordonner pour faire le ménage dans les branches inutiles et sans avenir.

C’est ce que fait Google en n’hésitant pas à fermer les services qui n’ont pas connu de succès, afin de réallouer ces ressources (limitées) sur ceux qui ont marché. Cette réallocation des ressources ne se fait pas dans le monde des distributions GNU/Linux communautaires. Les contributeurs ne sont souvent pas payés par un patron et à défaut d’une entité directrice reconnue estiment souvent n’avoir d’ordre ou de consignes à ne recevoir de personne.

Ainsi, chaque mois passé produit son lot de forks, de nouvelles distributions sans jamais faire la nécessaire synthèse aboutissant à un terrible gâchis d’énergie et probablement à la situation que nous connaissons aujourd’hui.

Donc s’il en est fini des distributions GNU/Linux, il conviendrait de reporter les forces vives sur un autre chantier et de ne plus perdre de temps avec GNU/Linux sur son poste. MacOSX est alors la solution idéale (toujours selon Miguel).

Demain l’OpenWeb

Voilà un terme qui mérite d’être défini pour savoir ce qu’il recouvre. Cette notion semble désigner avant tout les standards du web (source Wikipédia) : elle se réfère principalement aux technologies formant le socle principal d’un document web : le HTML et le XHTML, les feuilles de style en cascade (CSS) et le DOM (Document Object Model). Cependant, elle peut également, selon les contextes, s’étendre à un ensemble plus vaste, dont :

  • HTTP (Hypertext Transfer Protocol)
  • PNG (Portable Network Graphics)
  • RDF (Resource Description Framework)
  • SVG (Scalable Vector Graphics)
  • SMIL (Synchronized Multimedia Integration Language)
  • URI (Uniform Resource Identifier)
  • XML (Extensible Markup Language)
  • WCAG (Web Content Accessibility Guidelines)

Voilà donc ce qu’il conviendrait aujourd’hui de défendre et ce sur quoi la communauté du logiciel libre devrait reporter ses efforts plutôt que de s’acharner à faire des distributions GNU/Linux : un web ouvert.

La Fondation Mozilla s’inscrit dans cette mouvance de l’OpenWeb et fait des standards et protocoles ouverts un des objectifs de son combat. Un combat qui malheureusement  délaisse aussi le vieux poste de travail. Sa décision de ne plus apporter de nouvelles fonctionnalités au client de messagerie Thunderbird va dans ce sens tout comme ses efforts pour développer un système d’exploitation pour terminaux mobiles FirefoxOS.

Mais l’OpenWeb n’est pas que technique et doit aussi se définir par

  • La liberté des données de l’utilisateur qui doit être en mesure à tout moment de les récupérer dans leur intégralité;
  • La capacité à mettre en oeuvre un fonctionnement le plus décentralisé possible car c’est ainsi qu’a été conçu l’Internet;
  • La liberté des logiciels utilisés pour faire fonctionner les sites web sur l’ensemble de la pile logiciel, la plateforme doit être reproductible sans contrainte;

Hélas, les premières dissensions autour du HTML5 se font déjà jour et la scission guette déjà l’avenir de la principale norme qui doit porter cet OpenWeb.

Si le combat pour un web ouvert et respectueux des standards est important, celui du poste de travail et de ce qu’il sera demain l’est à mon sens tout autant. Abandonner les distributions GNU/Linux quelles que soient les raisons revient à abandonner une grande partie du combat. Au contraire, il serait souhaitable qu’enfin vienne le temps de la consolidation et que l’arbre des distributions GNU/Linux soit élagué de ces branches redondantes et inutiles pour mieux préparer le poste informatique de demain.

Et qui sait le Web ne sera peut-être plus la plate-forme dominante de l’Internet comme c’est le cas aujourd’hui. D’autres paradigmes de navigation auront peut-être enfin vu le jour dans les années qui viennent et rendront au poste de travail ou à ce qu’il sera devenu toute son importance.

Consultez la source | Article initialement publié sur philippe.scoffoni.net sous licence Creative Commons | Auteur : Philippe Scoffoni |

 

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